Carlton Cannes
Cannes, France

1861 – 1929
Principal investisseur du Carlton de Cannes. 1 hôtel de la collection garde sa trace.
Petit-fils du tsar Nicolas Ier, le grand-duc Michel Mikhaïlovitch renonça à sa place en Russie par amour et passa un long exil entre Cannes et l’Angleterre. Surnommé sur la Riviera le « roi sans couronne de Cannes », il compta parmi les financiers du Carlton, le palace qui incarne encore aujourd’hui la Croisette.
Michel Mikhaïlovitch naît le 16 octobre 1861 à Peterhof, près de Saint-Pétersbourg. Il est le deuxième fils du grand-duc Michel Nikolaïevitch et de la grande-duchesse Olga Feodorovna, née princesse de Bade. En 1862, son père est nommé vice-roi du Caucase et la famille s’installe pour une vingtaine d’années à Tiflis, l’actuelle Tbilissi. Les enfants y grandissent entre précepteurs et discipline spartiate ; en famille, on surnomme le garçon « Miche-Miche », et sa mère, femme sévère, l’aurait jugé le moins doué de ses sept enfants.
Promis à la carrière militaire, il prend part à la guerre russo-turque, devient colonel puis adjudant à la cour impériale après le retour de la famille à Saint-Pétersbourg en 1882. Ses projets de mariage, en revanche, échouent les uns après les autres : ni la princesse Mary de Teck ni la princesse Irène de Hesse ne lui sont promises, et ses parents s’opposent à une union avec une comtesse russe.
Tout bascule en 1891. Le 26 février, à San Remo, il épouse la comtesse Sophie von Merenberg sans l’accord du tsar. L’union est morganatique et, selon les lois de la maison Romanov, illégale. Alexandre III frappe fort : Michel perd son grade et sa charge à la cour, et il est banni de Russie. Sa mère, dit-on, meurt d’une crise cardiaque en apprenant la nouvelle, et il n’est pas autorisé à assister à ses obsèques. Sophie, petite-fille de Pouchkine selon l’historique du Carlton, reçoit de son oncle, le grand-duc Adolphe de Luxembourg, le titre de comtesse de Torby.
Le couple s’installe d’abord à Wiesbaden, où naissent deux de leurs trois enfants : Anastasia, dite « Zia », Nadejda, dite « Nada », et Michel, surnommé « Boy ». L’exil est doré : une partie des revenus du grand-duc provient d’une usine d’embouteillage d’eau minérale près de Borjomi, en Géorgie, souvenir de son enfance caucasienne.
À partir de 1899, la famille vit à Cannes, à la villa Kazbek, baptisée d’après un sommet géorgien. Le grand-duc se lance dans la vie de la station, alors terrain de jeu hivernal de l’aristocratie européenne. Il participe à la construction de l’église russe Saint-Michel-Archange, fonde et préside le golf de Cannes ; son rang dans la ville lui vaut le surnom de roi sans couronne.
Sa contribution décisive reste le Carlton. Lorsque l’hôtelier Henri Ruhl entreprend de bâtir un palace sur la Croisette, le grand-duc devient son principal bailleur de fonds ; l’historique de l’hôtel affirme même qu’il en finança la quasi-totalité. Dessinée par Charles Dalmas avec Marcellin Mayère, la première aile ouvre le 30 janvier 1911, et le palace agrandi est achevé en 1913. Pour la colonie russe et les hivernants britanniques qui la fréquentent, il devient aussitôt le rendez-vous de la saison.
La famille s’enracine aussi en Angleterre : elle loue Keele Hall, dans le Staffordshire, à partir de 1900, puis s’installe en 1909 à Kenwood House, à Hampstead. Édouard VII le fait chevalier grand-croix de l’ordre royal de Victoria en 1901, et en 1908 il publie un roman, Never Say Die, consacré à un mariage morganatique. Autorisé à revenir brièvement en Russie en 1912 pour le centenaire de Borodino, il avertit Nicolas II, dans une lettre du 31 octobre 1916, de l’imminence d’une révolution. Elle éclate : trois de ses frères sont tués par les bolcheviks et sa fortune s’évanouit en grande partie.
Après la guerre, le couple regagne Cannes. Sophie meurt le 4 septembre 1927 ; le grand-duc la suit le 26 avril 1929, emporté par la grippe à Londres, et repose à ses côtés au cimetière de Hampstead. Par ses filles, mariées dans les familles Wernher et Mountbatten, sa descendance rejoint l’aristocratie britannique, tandis que sur la Croisette le Carlton qu’il contribua à financer demeure, plus d’un siècle plus tard, l’emblème du chic azuréen.
Sources Wikipedia (EN), “Grand Duke Michael Mikhailovich of Russia” · Wikipedia (EN), “InterContinental Carlton Cannes” · Carlton Cannes, “Carlton Story” · Ministère de la Culture, “Cannes – Grand-Hôtel Carlton”
1908 : acquisition du terrain du 58 boulevard de la Croisette. Henri Ruhl réunit plusieurs investisseurs, dont le plus important est le grand-duc Michel de Russie, oncle du dernier tsar, Nicolas II.
Cannes, France